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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 09:42

 

Texte support d'une réunion de réflexion du comité creusois du PG à Aubusson - Février 2012  


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Depuis les années soixante dix, la rupture entre la gauche et le monde agricole n’a probablement jamais été autant marquée. Il est vrai qu’historiquement, notamment depuis le 19ème siècle, la propriété foncière, si modeste soit-elle, a creusé le fossé entre paysans et ouvriers. La peur de perdre les lopins de terre difficilement acquis, a souvent cantonné les paysans dans le conservatisme, voire la réaction, face aux révolutions sociales.

Il faut dire aussi que cette paysannerie a souvent été le jouet de la bourgeoisie, qui n’a jamais manqué de faire peur en agitant le hochet de la confiscation des terres par les socialistes ou pire encore, par les bolcheviques avec un couteau entre les dents. Ces propos sont bien sûr à moduler, notamment en Limousin, où entre les deux guerres mondiales et jusqu’aux années quatre vingt, bon nombre de paysans étaient proches du PC, également en Creuse. Mais ce département est un des rares où sont nés ce que l’on a appelé plus tard, « les paysans travailleurs » qui de fait, avaient une double appartenance et ainsi, une double culture. En effet et ce depuis la révolution française, ils possédaient bien quelques terres dont l’exploitation était insuffisante pour survivre, d’où la nécessité pour eux de se joindre en même temps aux ouvriers des villes pour assurer à minima leur existence et celle de leur famille. C’est bien sûr le cas des maçons de la Creuse.

 

Cependant, s’il y a bien une défiance presque « congénitale » du monde agricole face aux mouvements sociaux, la Gauche sociale, même réformiste, le lui rend bien. C’est d’ailleurs peut-être là un vieux reste marxiste/léniniste, qui ne l’oublions pas, est à l’origine des kolkhozes et autres sovkhozes.  Même si la Gauche en général peine à la faire, elle fait bien la distinction, notamment de classe, entre l’exploitation agricole et l’exploitation capitaliste. Les paysans d’aujourd’hui ne sont pas plus les alliés objectifs du capitalisme que ne le sont la classe ouvrière et les classes moyennes.

Mais dans les faits, cette distinction reste souvent de principe, car là aussi, il y a bien une défiance presque « culturelle » de la Gauche politique vis-à-vis du monde agricole, que l’on retrouve d’ailleurs face aux « petits patrons » de l’artisanat ou du petit commerce.

 

Qu’en est-il aujourd’hui du monde agricole ?

 

Ce monde a évolué en parallèle des révolutions industrielles de la fin du 19ème et du 20ème siècle : il y a d’abord eu l’exode rural car le capitalisme industriel avait besoin de bras qu’il a été chercher à la campagne, exode renforcée par le carnage humain des 2 guerres mondiales. Dés lors, les paysans en moindre nombre devaient nourrir autant de monde et, on a assisté à la mécanisation de l’agriculture, pour le plus grand profit des industriels. Nous sommes passés d’une polyculture vivrière à une culture intensive et socialement, d’une société rurale et paysanne à une société urbaine et ouvrière (aujourd’hui, 70% de la population française habite en ville).

Ces cinquante dernières années, l’agriculture s’est elle-même fortement industrialisée en concentrant la production par spécialité régionale, jusqu’à produire bien plus que les besoins nationaux, sur une logique de marché international, remplaçant le paysan par l’agriculteur et la ferme, par l’exploitation agricole. Si l’Union Européenne est d’abord née du charbon et de l’acier, elle a pris son essor par le Marché Commun qui s’est essentiellement appuyé sur l’agriculture. Il n’y a pas si longtemps encore, près de 70 % de l’ensemble des financements européens étaient destinés à l’agriculture, dont un tiers environ revenait à la seule l’agriculture française. Ce qui d’ailleurs faisait dire, avant la réunification de l’Allemagne, que c’était les agriculteurs allemands qui finançaient les agriculteurs français.

Le solde positif de la balance commerciale française a été très longtemps rendu possible par l’excédent des exportations françaises de l’agroalimentaire. C’est dire l’importance économique de l’agriculture en France (1er pays agricole de l’U.E, 18 à 20% du produit agricole et agroalimentaire européen).

 

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Tiens justement, arrêtons nous un moment sur cet agroalimentaire et ses filières. Nous l’avons vu, l’agriculture tout comme un des grands principes industriels, a concentré ses productions en mécanisant et en rentabilisant les sols jusqu’à l’épuisement parfois. Simplement pour nous ruraux afin de mieux comprendre, il suffit de comparer l’évolution de nos villages. Là où il y a 30 ans encore, 4 à 5 agriculteurs exploitaient le foncier agricole d’une commune, il y en a aujourd’hui à peine 2 pour la même surface. Et encore en Limousin, dont l’élevage bovin est prépondérant (87% des exploitations), les pratiques restent extensives, mais les cheptels par exploitation ont doublé voir triplé (en moyenne, 47 vaches nourrices par exploitation). Dés lors cette concentration induit la mono activité, contraint à de lourds investissements fonciers (nouvelles terres), de structures (hangars, stabulations…) et matériels (les ventes de tracteurs de plus de 100 cv ont explosé). Mais surtout, la production est excédentaire par rapport à la consommation locale (pour le Limousin, 3 vaches/hab). D’où l’obligation pour les éleveurs de faire appel à des intermédiaires pour écouler leur production au-delà de leur territoire. Si à cela on ajoute le développement fulgurant des centrales d’achat de la grande distribution et le bouleversement des habitudes alimentaires de la population (urbaine et salariée), qui utilise à plus de 70% les produits prêts à consommer de l’agroalimentaire, les producteurs ne contrôlent plus rien.

C’est la puissance des centrales d’achat qui impose les prix, car leur concentration empêche de faire jouer la concurrence. Si l’on reste sur l’exemple de l’élevage, cette contrainte est d’autant plus forte que l’éleveur doit faire rentrer du cash chaque mois pour rembourser ses emprunts de modernisation et qui plus est, il n’a aucune possibilité de stocker sa production en attendant de meilleurs prix d’achat. Les animaux prêts à être vendus mangent et boivent tous les jours et par conséquent pendant ce temps d’attente, ils mangent aussi la marge bénéficiaire de l’exploitation.

Aujourd’hui, dans le système économique ultra libéral, notre superbe chef d’entreprise agricole n’est plus qu’un pauvre péon. Prenons la multinationale « Sanders » qui à l’origine produisait les compléments alimentaires pour les animaux, sur une de ces activités d’élevage hors-sol de dindes : elle propose à un agriculteur de s’équiper en poulaillers industriels que bien sûr, il financera via un emprunt (si possible à Sanders par un de ses services bancaires), certes avec un prix d’achat garanti de la volaille  au bout de 6 à 7 mois d’élevage, avec évidemment, l’obligation d’utiliser les poussins et la nourriture Sanders pour ce faire (le tout sera facturé à l’éleveur). Et fin du fin, les dindes « mûres » sont convoyées, abattues, découpées et emballées par différentes filiales qui appartiennent au groupe Sanders. La boucle est bouclée. Notre agriculteur, qui prend tous les risques financiers et les pertes fréquentes dues aux épidémies, se retrouve à peine smicard et surtout, pieds et poings liés à une seule entreprise qui décide de tout. De fait, notre chef d’exploitation contemporain est devenu l’employé des multinationales avec tous les risques de l’entrepreneur privé et tout le non droit social car officiellement, c’est un chef d’entreprise, donc sans les recours juridiques offerts aux salariés.

 

Il est plus que temps que la Gauche sociale s’implique politiquement non seulement sur les modes de production agricole mais aussi, aux côtés des agriculteurs.

Dés le mois de février 2010, le PG a énoncé « une politique agricole au service de l’intérêt général ». Ce 1er texte a servi de base au document programmatique du Front de Gauche en février 2011 lors du forum national sur l’agriculture, sous l’intitulé « Pour l’intérêt général, libérons l’agriculture du capitalisme ». Ce texte, après amendement, a été adopté au mois d’août dernier.

 C’est bien, nous avons un texte de référence, il nous reste à nous militants et citoyens, à recréer le lien avec les agriculteurs, si nous ne voulons pas que ce texte soit reçu par les premiers intéressés comme tant d’autres promesses qui leurs ont été faites.

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Lors de manifestations agricoles, souvent virulentes par désespoir, est-ce que l’on voit des partis politiques ou des syndicats de salariés à leurs côtés ? Ces mêmes manifestants ont même pris l’habitude d’aller réveiller en pleine nuit les parlementaires et autres élus locaux à leur domicile. N’y a-t-il pas là un signe de coupure du monde agricole avec notre société et avec les forces politiques, notamment de Gauche ?

Bien sûr, notamment chez nous, il y a la FDSEA qui a tout intérêt à jouer sur cet isolationnisme. Mais si au niveau national la FNSEA a le monopole du syndicalisme agricole, c’est bien parce que nous lui avons laissé le champ libre.

Et ce syndicat a raison d’en profiter puisque ça marche !

Comment ce syndicat peut-il regrouper tout autant les gentlemen-farmers de la Beauce que nos éleveurs limousins ? Comment 30% de ces céréaliers peuvent-ils à eux seuls percevoir 70% de toutes les primes agricoles européennes ?

 

On le constate, la lutte des classes est pourtant bien présente au sein du monde agricole, mais avec cette contradiction incompréhensible que les plus mal lotis semblent donner le bâton pour se faire battre.

Non, les agriculteurs ne sont pas masochistes, ils ont juste le couteau sous la gorge !

Et cela commence tôt. D’abord par un enseignement agricole partisan, axé sur la seule production à vocation capitaliste (les lycées agricoles commencent à parler d’agriculture biologique ou d’agriculture raisonnée). Ensuite, par les chambres d’agriculture et donc, les FDSEA, et les DDA (DDT aujourd’hui), où les primes à l’installation sont soumises entre autre aux surfaces agricoles utilisées, aux méthodes de culture etc. Enfin, viennent la SAFER et les banques pour verrouiller le tout, surtout pour ceux qui ne reprennent pas la suite familiale d’une exploitation.

 

Il reste que, conditionnés qu’ils ont été dés leur formation, soumis au discours unique (ou presque !) d’un syndicat prépondérant, qui n’a jamais caché sa préférence politique pour l’économie libérale et ses liens étroits avec l’industrie agroalimentaire et, il faut bien le dire, l’indifférence ou presque des partis de gauche, l’exploitant agricole contemporain est bien seul avec souvent, le marteau du commissaire priseur au dessus de sa tête, prêt à liquider l’exploitation pour rembourser les banquiers.

 


C’est pourquoi, il nous faut certainement corriger la vision, parfois sommaire, que nous avons du monde agricole et surtout, de ses agriculteurs.

En commençant par bien faire la différence entre patrimoine et revenu agricole. L’exploitant agricole est souvent considéré comme un privilégié par une bonne partie de la population. Sauf que les dizaines d’hectares de foncier, le bâti, le matériel et le cheptel qui peuvent s’évaluer effectivement à plusieurs millions d’euros, constituent certes son patrimoine quand il est propriétaire, mais aussi et surtout, son outil de travail. S’il le vend, il n’a plus de boulot et nous, on ne mange plus ! Sachant que ce patrimoine est souvent hypothéqué  et donc propriété de la banque qui lui a prêté l’argent pour son installation ou sa modernisation. Avec un peu de chance, il pourra peut-être en récupérer une partie, au moment de sa retraite, s’il n’a pas fait faillite ou même, s’il il reste encore des paysans capables de prendre la suite. Quand aux revenus, une fois déduit du Chiffre d’Affaires qui dépend complètement des marchés, les charges d’exploitation et les remboursement d’emprunts, il reste souvent moins d’un SMIG mensuel.

Vous connaissez beaucoup de salariés aujourd’hui qui accepteraient de bosser 50 heures par semaine toute l’année, samedi, dimanche et jours fériés compris, et ce, sans même de congés annuels ou si peu, pour moins d’un SMIG ?

L’exploitation agricole est devenue de l’exploitation tout court !

Quant à la PAC agricole, nous l’avons vu, c’est la carotte néolibérale qui impose à 70% des agriculteurs ce qu’il doit produire, quand, combien et comment, et le tout bien sûr, aux cours du marché qui auront été préalablement décidés par l’industrie agroalimentaire, la grande distribution européenne et de l’OMC.

 

En tant que militants de gauche, cette situation, tant du système agricole que du sort réservé aux agriculteurs n’est plus tolérable.

D’une part, parce que c’est encore l’agriculture qui nous nourrit et qu’au même titre que l’eau ou l’air, c’est aux citoyens de contrôler ce qui leur permet de vivre.

Ce n’est pas un hasard si dans la continuité des OGM, une récente loi française veut obliger les agriculteurs à verser des royalties aux semenciers pour réutiliser les semences produites par une exploitation agricole. Dés lors où les multinationales obtiendront le monopole  des semences, elles auront alors le pouvoir planétaire de décider qui mange ou qui ne mange pas. C’est ni plus ni moins notre droit d’exister qui peut être remis en cause.

Le système économique de l’agriculture libérale ruine non seulement nos campagnes en termes environnemental et humain, mais il conforte le système néocolonial de dépendance des pays du Sud. La monoculture imposée dans ces pays, au détriment d’une agriculture vivrière permettant l’autosuffisance alimentaire, provoque la sous alimentation, l’exode rural massif et l’émigration sous d’autres cieux d’ailleurs moins bienveillants qu’espérés. Il faut savoir que certains pays africains ne produisent par exemple, que du soja ou de l’arachide dont une grande partie servira de complément alimentaire à nos bovins européens. Lorsque l’Europe donne un euro/personne pour lutter contre la faim dans les pays du tiers-monde, nos bonnes vaches européennes reçoivent 3 euros/animal pour compenser les coûts de ces compléments alimentaires.

Enfin, c’est bien la financiarisation de l’agriculture mondiale qui conduit à l’aberration économique. Il suffit pour cela de prendre l’exemple du Limousin, terre d’élevage bovin par excellence. L’élevage limousin en est réduit aujourd’hui à ne produire que de la matière première au même titre que nos forêts.  Toute la valeur ajoutée du bétail ne démarre réellement qu’après que le veau ait été sevré, voire à peine engraissé. Tout le travail préalable de l’éleveur peut se résumer au chêne qui laisse tomber son gland en terre pour se reproduire. La plus-value se reporte sur la filière des intermédiaires (commerciaux, transports, découpe, conditionnement etc.) qui en plus n’exercent pas sur place.

En la matière, notre région a la même économie que n’importe quel autre pays du tiers-monde. Nous fournissons la matière première qui est transformée ailleurs et, qui nous revient pour être consommée sur place, la valeur ajoutée s’étant réalisée hors du territoire régional.

 

Tout à l’heure, je posais la question de savoir pourquoi, lors de manifestations agricoles, on ne voyait jamais de partis politiques de gauche aux côtés des agriculteurs ? Aurait-on pu imaginer la même situation lors des manifestations contre la réforme des retraites qui touche le plus grand nombre ? Manger et boire, cela ne touche t-il pas le plus grand nombre ?

Mais là, nous n’y pouvons rien, ce sont les syndicats agricoles qui le refuseraient.

Mais ces syndicats agricoles, c’est en fait UN syndicat, la FNSEA qui est ultra majoritaire en France. Et nous savons pourquoi maintenant, ce syndicat n’a aucun intérêt à ce que les politiques et les citoyens s’en mêlent.

 

Cette situation est de fait la conséquence directe de l’irresponsabilité de l’Etat et des collectivités territoriales (Conseil Général et Région) qui délèguent une grande partie de leurs compétences en la matière, et surtout de leurs financements, notamment aux chambres d’agriculture et aux groupements professionnels agricoles.

« Vous comprenez, les paysans peuvent être susceptibles, voire virulents. Mieux vaut les laisser s’arranger entre eux ».

Sauf que les chambres d’agriculture sont tenues par les FDSEA locales et la plupart des groupements professionnels aussi. On tourne en rond !

 

Et justement, non, l’agriculture ne peut pas être, et ne doit surtout pas être que l’affaire des agriculteurs. C’est de notre existence à tous dont il s’agit.

 

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Alors, tant mieux, le Front de Gauche et son candidat, Jean-Luc Mélenchon, ont un programme précis et détaillé en matière d’agriculture.

« Le Front de Gauche défend une agriculture paysanne, écologique et relocalisée, en France, en Europe et dans le Monde, seule à même de produire une alimentation saine et accessible à tous, de promouvoir un aménagement équilibré du territoire, de recréer de l’emploi agricole. Soyons clairs : une telle agriculture ne peut exister sans une juste rémunération du travail agricole, elle est donc incompatible avec la logique de libéralisation des marchés impulsée par la Commission Européenne, le Traité de Lisbonne, l’OMC et le FMI. Et c’est pourquoi elle ne peut se faire sans une rupture avec les politiques libérales ! Le Front de Gauche se bat notamment pour que la PAC 2014/2020 incarne une telle rupture. »

Mais cela n’est pas suffisant. La majorité des agriculteurs d’aujourd’hui sont des victimes du système libéral et il reste fondamental pour nous militants de gauche, de briser leur isolement pour ne pas les laisser à la merci d’un syndicat « unique » complice de ce système. Il nous appartient d’épauler notamment la Confédération Paysanne et le MODEF, sur leurs revendications professionnelles. Il nous reste à organiser des assemblées citoyennes sur le thème de l’agriculture afin de recréer le lien entre les paysans et la population.

Défendre une agriculture paysanne, c’est avant tout un acte de vie pour tous.

 

PG23

 

 http://www.placeaupeuple2012.fr/agriculture/ 

 

 

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