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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 11:48
La crise du lait est une crise du modèle libéral de l’UE !

Les éleveurs laitiers préparent une nouvelle journée d’action contre Lactalis, à l’appel de la FNSEA, après l’échec de la négociation avec l’entreprise d’Emmanuel Besnier, 13e fortune de France.

Cette situation de rapport de force inégal n’est permise que par la soumission de notre pays aux règles absurdes de l’Union Européenne.

M. Le Foll dit n’avoir aucun moyen de pression dans une négociation commerciale.

C’est là l’aveu brutal de la perte de souveraineté sur nos choix en matière de politique agricole. Ce qu’il faut faire c’est réguler la production, garantir des prix minimum et engager la transition vers un modèle de production écologique favorisant l’autonomie des exploitations. Mais cela n’est possible qu’au prix d’une rupture avec le libéralisme effréné des règles européennes qui ne profite qu’aux industriels et aux financiers.

De cela ni M. Le Foll ni M. Beulin président de la FNSEA ne veulent entendre parler.

Pour le Parti de Gauche il faut réorienter la politique agricole de notre pays.

Les questions agricoles sont des questions d’intérêt général.

Exercer la souveraineté sur nos choix en matière d’alimentation et d’environnement est plus que jamais urgent.

Lundi 29 Août 2016

Laurence Pache et Martine Billard, secrétaires nationales du Parti de Gauche

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 19:27

 

 

Pendant plus d’une heure, Ambroise Mazal, un des animateurs du Front de Gauche de l’Agriculture a répondu le vendredi 23 mars aux questions des internautes du site Terre-Net.

Circuits courts, production biologique, Ogm, politique agricole commune, développement des territoires, régulations des prix, retraites, place de l’agriculture française dans l’échiquier agricole européen et mondial, défense des actifs agricoles et de revenus rémunérateurs, représentativité syndicale, aménagement du territoire, politique d’installation, etc. : retrouvez ci-dessous les réponses que le Front de gauche a apporté, en direct, aux questions des terrenautes.

Question de Boufmi: bonjour en ces temps difficiles je suis dans une région de France ou le gel de février 2012 a détruit une surface importante de blé environ 30/40 ha pour mon exploitation. Ce risque est assurable mais l’expertise me conseille de resemer tout en sachant que mes fournisseurs manquent de semence, il me donne peu d’espoir d’obtenir toutes mes réservations; pensez-vous que c’est une bonne solution d’interdire à tout prix les semence d’ogm en sachant qu’il en manquera cette année. Est-ce la bonne solution de laisser des terres sans production ? Même en bio le gel a fait du dégât cet hiver. J’attends une réponse solide de base et projetée dans l’avenir.

Ambroise Mazal: Il y a 2 choses dans la question : d’une part la question des OGM et nous nous pensons que la recherche doit se dégager des interêts des multinationales et permettre aux paysans d’être plus autonomes vis-à-vis de leurs choix techniques. Et à ce titre, les OGM nous semblent un fausse solution. Alors que dans notre histoire agricole, nos instituts de recherche ont su montrer qu’ils pouvaient créer des variétés plus résistantes et plus adaptés sans pour autant poser la brevetabilité du vivant au profit des grandes firmes. Deuxième élément, à notre avis, l’agriculteur face aux intempéries doit être soutenu par l’Etat et non par des assurances privées. Et nous tenons beaucoup à réhabiliter un fond de calamités public qui soit capable de répondre à ces catastrophes naturelles.

 

Question de Mono44: Quand les politiques réagiront-ils face à la délocalisation des productions de certaines régions vers d’autres en appauvrissant les premières et rendant les secondes dépendantes d’un système productif les condamnant à travailler toujours plus pour gagner moins ?

Ambroise Mazal: Nous ne répondons pas bien sûr au nom « des politiques », dont la plupart n’ont effectivement pas fait preuve de beaucoup de courage ni de volontarisme pour enrayer la spécialisation régionale des productions, la concentration des exploitations et la baisse de l’emploi agricole, et le sacrifice de filières entières… Pour ce qui est de nos engagements au Front de gauche, nous défendons une agriculture paysanne, écologique et relocalisée, grâce à des paysans nombreux, à travers les 45 mesures de notre programme « Pour une agriculture écologique et créatrice d’emplois, des campagnes vivantes, une alimentation de qualité pour tous », que nous avons élaboré avec ceux qui ont rejoint l’Appel du Front de gauche de l’agriculture, paysans, syndicalistes, chercheurs, enseignants, et simples citoyens.

 

Question de HM: Dans le passé, des ministres d’agriculture socialistes, comme Edith Cresson et Louis Lepensec ont essayé de faire évoluer l’agriculture dans le sens de vos propositions et ont échoués car ils se sont heurtés au monopole syndical qui verrouille la profession. Selon vous, l’agriculture doit-elle rester la chasse gardée des organisations agricoles patentées avec les conséquences que l’ont connaît ou bien est-elle devenue l’affaire de toute la société ? Si oui, cela suppose une remise à plat de la gouvernance de la profession : Chambres d’agriculture, CDOA, SAFER…Et peut-être le regroupement du Ministère de l’agriculture dans un grand ministère de l’environnement, de l’alimentation et de l’agriculture qui s’adresserait à tout le monde, où les organisations de consommateurs, de protection de la nature seraient autant les interlocuteurs que les seules organisations agricoles patentées qui prétendent parler au nom des agriculteurs. Seriez-vous prêts à engager la remise à plat de la gouvernance de la profession sachant qu’une telle initiative déclenchera les foudres du syndicat majoritaire ?

Ambroise Mazal: Oui, nous sommes absolument convaincus que l’agriculture est une question de société. Et que dans ce cadre le débat sur l’agriculture et l’alimentation ne doit pas être confisqué par les seuls syndicats agricoles et encore mois un seul fusse-t-il majoritaire, même si les syndicats ont bien évidemment toute leur place. Nous sommes déjà engagés à ce que d’une part la gouvernance de l’agriculture et de l’alimentation (chambres, SAFER, Office et interprofessions…) soit ouverte à l’ensemble des acteurs, c’est-à-dire tous les syndicats, les collectivités territoriales et les associations. Et d’autre part, nous pensons que l’Etat doit aussi assumer ses responsabilités et se réengager sur des objectifs de politiques agricoles qui répondent à l’intérêt général.

 

Question de lakoi: bonjour, j’aurai 2 questions : les graines de culture OGM rentrent en grande quantité en Europe donc en France aussi. Si elles sont dangereuses pour la consommation, pourquoi sont -elles autorisées? Puisque apparemment ce n’est pas le cas, pourquoi ne peut-on cultiver en France les maïs résistant aux insectes ? D’autre part BASF vient de produire une pomme de terre résistante au midiou. Si elle est cultivée, elle permettra une économie de traitements substantielle. Quand va s’arrêter cette hypocrisie qui pénalise les agriculteurs français ? La France ne paye-t-elle pas une amende suite à l’interdiction de la culture de maïs BT ? Avec le déficit que nous avons, on pourrait faire cette économie. Allez-vous accélérer l’uniformisation de la règlementation sociale en Europe ? Les filières françaises des fruits et légumes sont en grandes difficultés. Allons-nous devoir nous contenter de fruits et légumes insipides et utilisant des produits interdits en France? PS: je cultive du maïs, un peu de blé et de colza sur 40ha et les revenus de mon exploitation sont la moitié du seuil de pauvreté.

Ambroise Mazal: Il y a plusieurs questions :
1) Il y a une hypocrisie autour de l’interdiction des graines OGM. Le Front de Gauche s’est clairement prononcé en faveur de l’interdiction totale des OGM de plein air sur tout le territoire européen pour des raisons à la fois sanitaire, environnementale et d’autonomie des agriculteurs face à des firmes qui ont brevétabilisé le vivant. Dans le même temps, nous sommes pour que les instituts de recherche agricole français et européens disposent de plus de moyens pour accompagner les agriculteurs vers la transition écologique de l’agriculture et l’autonomie des systèmes d’exploitation.
2) Sur la question des fruits et légumes, c’est l’exemple même de filières qui d’une part n’ont jamais été régulées et où on assiste à des sur-productions cycliques qui entrainent la chute des prix et la ruine des exploitants les plus fragiles. D’autre part, ce sont des filières où la grande distribution agit sans vergogne et sans contrainte aucune de la part de l’Etat pour confisquer la plus-value dans le processus de commercialisation. Et enfin, c’est une filière confrontée aux importations à bas prix extra-communautaire du fait d’accords de libre-échange avec des pays tiers. Notre solution au Front de gauche : prix minimum, préférence communautaire, coefficient multiplicateur imposé à la grande distribution et régulation de la quantité de production.
3) Notre objectif : que les revenus des exploitations agricoles cessent d’être scandaleusement sous le seuil de la moyenne des revenus des autres travailleurs. C’est une question de choix politique !

 

Question de Ttitouan27: Sous l’égide de l’actuel président nous avons connu la naissance du Grenelle de l’environnement et tout ce qui s’en suit, Ecophyto 2018, etc. Le G20 agricole a donné lieu à d’autres propos qui ne semblent pas aller en adéquation avec le reste. Quelle est la vision et l’orientation que souhaite donner chaque candidat a l’agriculture ?

Ambroise Mazal: Pour nous au Front de gauche, le G20 a été une vaste « pantalonnade ». La crise alimentaire mondiale et la volatilité des prix ont obligé à poser des bonnes questions. Mais l’on voit que les solutions ne sont pas au rendez-vous : aucune exclusion du monde financier sur les marchés agricoles mondiaux, refus de recourir à des outils de régulation (stocks régionaux, prix minimum au sein des espaces commerciaux régionaux, concentration internationale). Les producteurs du monde restent soumis aux intérêts des grandes firmes commerciales et des acteurs financiers… Pour notre part, nous sommes pour la sortie de l’agriculture de l’OMC, pour un rôle plus fort du Conseil pour la sécurité alimentaire de la FAO et l’encouragement de politiques agricoles communautaires dans les grandes régions du Monde. La coopération et la concertation plutôt que la mise en concurrence des agricultures du monde !

 

Question de Cane: Comment arrêter la disparition des petites exploitations, est-ce qu’il y a vraiment une volonté?

Ambroise Mazal: Non, il est clair qu’il n’y a pas eu jusqu’à aujourd’hui de volonté de maintenir les petites exploitations, comme le montrent les chiffres du recensement de l’agriculture de décembre dernier qui révèlent la perte d’environ un quart de l’emploi agricole ces dix dernières années. Pour autant, des mesures seraient possibles pour garantir des revenus, comme le député Chassaigne (PCF) et ses collègues du Front de gauche l’ont proposé en décembre : prix minimums correspondant aux coûts de production, obligation pour la grande distribution d’une meilleure répartition de la valeur ajoutée, conférence annuelle multi-acteur sur les prix… Il est également urgent d’enrayer la libéralisation des marchés agricoles, qui provoque la ruine des producteurs et surtout des plus petits. Le Front de Gauche propose non seulement le maintien mais la création d’emploi agricole (300 000 sur 5 ans de mandature), grâce à la régulation des prix et des marchés, la maitrise du foncier, et une déconcentration des filières les plus productivistes, telles que le porc et les volailles.

 

Question de TPACAP: Bonjour, que proposez-vous pour les agriculteurs double actif, sachant que la MSA nous fait payer des doubles cotisations ? Nous payons des cotisations pour l’activité principale qui n’est pas l’agriculture et nous payons aussi des cotisations à la MSA qui ne servent à rien, sauf l’assurance accident. Tout le reste est bénéfice pour la caisse. Merci de prendre ma question en considération. Salutations présidentielles.

Ambroise Mazal: C’est effectivement un cas de situation qui pénalise la pluri-activité, qui a toute sa place dans le monde agricole. Pour autant comme vous le dites, une part des cotisations sert bien à contribuer à l’assurance accident prise en charge par la MSA. Il y a vraisemblablement un besoin d’avoir une approche plus fine pour éviter de pénaliser les pluri-actifs. Au Front de Gauche, nous sommes par ailleurs pour la suppression du statut de cotisant solidaire qui s’apparente là aussi à une pénalisation injuste de certains producteurs.

Question de Vince: Nos ministres actuels nous promettent d’interdire les OGM. Conséquence, la France entretient une hypocrisie puisqu’on en importe tous les jours pour nourrir nos animaux. Quelle est votre position ?

Ambroise Mazal: Nous sommes clairement opposés aux OGM, dont les risques environnementaux et sanitaires sont encore trop importants pour se permettre de faire plaisir, les yeux fermés, aux multinationales des semences. Nous voulons effectivement mettre fin à l’hypocrisie actuelle, en assumant notre position au sein de l’Union Européenne. Par ailleurs, sur la question de l’alimentation animale que vous évoquez, nous souhaitons mettre urgemment en oeuvre un plan de reconquête de l’autonomie européenne en protéines végétales plutôt que d’avoir recours aux importations latino-américaines, par ailleurs destructrices des paysanneries locales et de la forêt…

 

Question de Mono44: Vous pouvez leur demander de ma part quand est-ce qu’ils comptent prendre leurs responsabilités envers l’agriculture et la gérer plutôt que d’en laisser la gestion à un syndicat dont ce n’est pas le rôle puisqu’un syndicat doit justement avoir un rôle de contre-pouvoir et non pas de pouvoir.

Ambroise Mazal: Vous posez là la question de la cogestion historique de l’agriculture entre l’Etat et la FNSEA, qui nous apparaît aujourd’hui dépassée. Comment justifier en effet aujourd’hui que les élections professionnelles du monde agricole ne soient pas, à l’instar des salariés, basées sur le principe de la représentativité proportionnelle ? Mais aussi, comment justifier que le rôle des pouvoirs publics et de la société civile ne soit pas plus affirmé sur une question qui les concerne au premier plan ? Nous pensons que l’agriculture est une véritable question de société, c’est pourquoi nous souhaitons réformer la gouvernance à la fois des Chambres d’agriculture, des SAFER et des offices spécialisés, de manière à instaurer une représentativité syndicale plus juste, mais également élargir la gouvernance aux associations et aux collectivités pour favoriser l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Dans le même temps, nous sommes convaincus que l’Etat devra assumer plus clairement ses responsabilités par la mise en place d’un cadre législatif, et devra être le garant des objectifs de sa politique y compris face aux intérêts corporatistes.

 

Question de Michel14: Partout, nous lisons (et constatons) que nous consommons deux fois plus de foncier que les allemands. On nous demande de produire plus alors que nous avons toujours moins de terre pour y parvenir. Que proposez-vous pour arrêter la création de zones commerciales toujours plus grandes, zones artisanales qui sont souvent peu exploitées ?

Ambroise Mazal: Je ne suis pas certain des chiffres que vous avancez… ce qui n’enlève rien de la réalité de la disparition sans cesse continue des terres agricoles, qui sont un frein à la fois pour la transition écologique de l’agriculture que le Front de gauche appelle de ses voeux, et pour la relocalisation de la production. Deux réponses à votre interpellation : nous ne croyons pas qu’il faille nécessairement produire plus… pour qui ? Nous sommes excédentaires sur beaucoup de filières par rapport aux besoins européens, et le monde n’a pas nécessairement besoin de (toutes) nos exportations qui souvent déstabilisent les marchés et les paysanneries au niveau local, tandis que la réponse à la faim dans le monde passera nécessairement par la mise en place de politiques agricoles nationales et régionales. Par ailleurs, sur la préservation des terres agricoles, là aussi l’Etat et les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités, et fixer des contraintes plus fortes pour limiter la multiplication des projets immobiliers et industriels. Sinon, on pourra toujours pleurnicher sur la disparition des bonnes terres agricoles !

 

Question de Stephanie: La réforme de la PAC, telle qu’elle se profile, se traduirait par de fortes baisses des aides à l’élevage alors que les revenus des producteurs sont les plus faibles. Comment comptez-vous y remédier ?

Ambroise Mazal: Vous avez raison de vous inquiéter ! Plus généralement, la réforme de la PAC telle qu’elle apparaît aujourd’hui est marquée par une approche libérale fidèle à la politique de la Commission européenne. La disparition des outils de régulation des marchés (fin des quotas laitiers, suppression des droits de plantation viticoles, fin des Organisations communes de marchés, etc) et de protection des filières (altération de la préférence communautaire à travers la multiplication des accords commerciaux de libre-échange, suppression du recours aux outils d’intervention en cas de crise, etc) seront dramatiques pour le maintien de nos filières et de l’emploi agricole. C’est une agriculture à deux vitesses que l’Europe nous propose aujourd’hui, avec le maintien de niches « de qualité » d’un côté, tandis que la plupart des agriculteurs auront du mal à tirer leur épingle du jeu… Mais le sort de la PAC n’est pas encore joué ! Dans la perspective d’une victoire de la gauche, nous devrons prioritairement engager de nouvelles alliances au niveau européen pour préserver notre agriculture européenne, ré-équilibrer les aides, et maintenir les outils de protection et de soutien aux filières… et en premier lieu l’élevage.

 

Question de Escatien: quelles seront les propositions du Front de Gauche sur l’avenir de la PAC et du devenir de l’agriculture française dans toute la diversité de ses territoires ?

Ambroise Mazal: Le Front de Gauche est fermement engagé, avec ses partenaires du Parti de la Gauche européenne et nos euro-députés à Bruxelles pour le maintien d’une PAC forte et à budget égal et qui garantisse les revenus à tous les agriculteurs. Mais la prochaine PAC doit aussi prendre en compte des enjeux de société et s’engager en faveur du soutien à l’emploi, à l’aménagement équilibré du territoire, à la prise en compte des enjeux écologiques, de la qualité de l’alimentation et de plus de justice dans la répartition du budget entre anciens et nouveaux pays membres. Cela implique de renforcer la conditionnalité des aides sur des critères d’emploi et environnementaux et de revoir la répartition du budget.

 

Question de leschaumes: Quelle est la position de Jean-Luc Mélenchon sur la libéralisation des droits de plantation en viticulture?

Ambroise Mazal: Le Front de gauche y est totalement opposé ! Comme d’ailleurs à la suppression des quotas laitiers. Ce sont des questions que nous poserons avec âpreté à nos partenaires européens. Les producteurs de toute l’Europe ont besoin de plus de régulation, de visibilité et de garantie de prix, pas de libéralisation qui met en concurrence les producteurs entre-eux.

 

Question de Jeanbon: En 2010, la Conféderation Paysanne a demandé à être représenté dans l’interprofession laitière. Certains syndicalistes ont même fait une grève de la faim. Êtes-vous pour modifier les règles pour que tous les syndicats participent aux interprofessions ?

Ambroise Mazal: Cette mobilisation de la Confédération Paysanne a reçu le soutien clair et ferme des élus et des responsables des partis du Front de gauche. Nous avons annoncé très clairement déjà notre engagement à réformer les règles de la représentativité syndicale dans les différents espaces de gouvernance, que ce soient les Chambres ou les offices interprofessionnels. L’agriculture a besoin de tous ses syndicats !

 

Question de Sylvain57: Êtes-vous favorable à un crédit d’impôt « travail du dimanche » ?
Concrètement cela consisterait à essayer de stopper l’hémorragie du nombre de producteurs de lait en reconnaissant l’astreinte de la traite du dimanche. D’un point de vue technique, l’Etat accorderait un crédit d’impôt de 52 X 8 heures c’est à dire 416h à 9€ qui donnent 3744 €. Cette somme serait divisée par le nombre de foyer fiscaux pour les GAEC ou autres formes sociétaires.
Les salariés agricoles ou les vétérinaires par exemple nous coutent plus cher alors que notre lait n’est pas payé plus. Moralement, ce crédit d’impôt serait moins choquant que la prime charbon des cheminots par exemple.
Ce crédit d’impôt serait à déduire de la base d’imposition et non du montant de l’impôt (donc son nom n’est peut-être pas juste d’un point de vue fiscal). De ce fait, vu le faible niveau d’imposition des producteurs de lait, le manque à gagner pour l’Etat serait minime. C’est une mesure peu couteuse mais symbolique.

Ambroise Mazal: Plutôt que des crédits d’impôts ou autres mesurettes, c’est à une politique de prix et de garantie des revenus que le Front de Gauche veut aller. Vous citez la filière laitière, qui a connu une grave crise des prix ces dernières années, et va connaître de profonds bouleversements encore avec la suppression des quotas laitiers imposée par la Commission européenne et les gouvernements de droite au nom de la « libre-concurrence », ce qui va entrainer comme dans d’autres filières le cycle infernal « hausse de la production/chute des prix/ruine des plus fragiles/concentration des exploitations/re-hausse de la production, etc ». Un gouvernement du Front de gauche assumera ses objectifs de maintien de l’emploi par le maintien des quotas, la fixation d’un prix minimum imposé à la grande distribution et coopératives. C’est avec des revenus que les producteurs de lait pourront payer leur coût de remplacement du dimanche…

 

Question de Sylvain57: Comment pensez-vous qu’il soit possible de produire de la viande au cours de l’Amérique latine, du lait au cours de l’Océanie et des céréales au cours de l’Europe de l’est en ayant des charges françaises et des contraintes environnementales qui nous obligent à laver plus vert que vert ?

Ambroise Mazal: Vous évoquez là la politique ultralibérale de l’Union européenne cautionnée par les gouvernements de droite, qui multiplient les accords de libre-échange avec les grandes puissances agricoles du monde. Il est clair que le choix de notre alimentation n’est pas réaliste sans disposer des outils de souveraineté alimentaire et de préférence communautaire. Il est urgent d’enrayer la concurrence déloyale d’importations agricoles de produits dont les normes sociales et environnementales sont à mille lieux des nôtres, et qui entraine la ruine de nos filières et la concentration des outils de production. Nous assumerons notre politique et mettrons un veto à la multiplication des accords de libre-échange au niveau européen. Pour autant, c’est la seule solution pour préserver notre agriculture, et non le sacrifice des objectifs de bon sens écologique que l’agriculture productiviste doit parfois retrouver…

 

En tant que « troisième homme » depuis ce matin, quels sujets spécifiques aux questions agricoles pouvez-vous, Front de Gauche, introduire (ou ré-introduire) dans le débat pour pousser les autres partis à se positionner? Quid de la spéculation sur les marchés de matières premières qui irait en accord avec votre mobilisation plus large sur les questions financières ?

Ambroise Mazal: Vous posez effectivement la question de la clarté des priorités de nos partenaires y compris à gauche face à la question de la financiarisation des marchés agricoles. Il n’est pas supportable que les revenus des producteurs dépendent des aléas et des intérêts des » boursicoteurs » à Chicago ou à Londres. Jean-Luc Mélenchon s’est clairement positionné pour la sortie de l’agriculture de l’OMC, pour la protection des marchés régionaux et pour l’exclusion des acteurs spéculatifs des marchés agricoles, en accord avec notre priorité pour l’économie productive plutôt que la spéculation financière. Le Travail plutôt que le Capital ! Autre sujet sur lequel nous voulons convaincre nos partenaires dans la perspective d’un gouvernement de gauche : la priorité à l’agriculture paysanne pourvoyeuse d’emplois et respectueuse des écosystèmes. La politique, c’est faire des choix dans le soutien aux différents modèles agricoles.

Bonjour, président du syndicat agricole MODEF de l’Allier (03), je me préoccupe beaucoup des petites et moyennes exploitations agricoles si importantes dans l’existence du tissu rural. Pour moi je pense qu’il serait bienvenu dans votre programme ( vue la situation dans laquelle se trouve bon nombre de nos collègues), de prévoir une proposition visant à un désendettement des petites et moyennes exploitations agricoles garantes de l’autonomie alimentaire de notre pays, productrice d’une alimentation saine et d’un comportement positif sur l’environnement. Nos exploitations familiales ayant pour beaucoup investie dans des périodes fastes afin d’améliorer leur outil de travail, se retrouvent aujourd’hui acculées financièrement par cinq années d’augmentation vertigineuse des charges. Seriez-vous prêt Monsieur Mélenchon à étudier cette proposition avec nos syndicats et en faisant en sorte bien sûr que seule les petites et moyennes structures en soient bénéficiaires? Le malaise est grand dans nos campagnes (même s’il est occulté par bon nombre de politiques),ne nous décevez-pas et je pense que nous pourrons faire du bon travail ensemble. Amicalement et bonne campagne, Jean-Pierre FOURNIER.

Ambroise Mazal: Merci pour cette question en cours de tchat. Il est effectivement nécessaire de reconstituer un pôle bancaire dédié au soutien aux agriculteurs et bien évidemment aux exploitations les plus pourvoyeuses d’emploi. Il ne nous paraît pas acceptable que le Crédit Agricole ait été destitué de cette vocation. Par ailleurs, vous soulignez à juste titre la question de l’endettement des exploitations qui est la source notamment du désespoir de nombre de producteurs (en particulier dans le bassin allaitant de votre région) et qui parfois les acculent jusqu’au suicide. Oui, un plan de désendettement des exploitations est nécessaire auquel les pouvoirs publics, les syndicats et les acteurs économiques doivent être associés. Mais c’est aux causes qu’il faut s’attaquer : d’une part, arrêter d’encourager systématiquement à l’investissement (par exemple, l’octroi d’aides uniquement pour une plus grande mécanisation et non pour l’autonomie des systèmes agronomiques), d’autre part, enrayer l’érosion des prix et des revenus qui pousse à la concentration des outils de production.
Il incombe au prochain gouvernement de Gauche de redonner espoir et envie aux actuels et futurs paysans. Trois fermes valent mieux qu’une grande !

Ambroise Mazal n’a pas eu le temps de répondre aux nombreuses questions que vous lui avez posée pendant cette heure de Tchat en direct. Il s’est engagé à y répondre. La rédaction de Terre-net Média les publiera dès qu’elle les aura reçues.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 09:42

 

Texte support d'une réunion de réflexion du comité creusois du PG à Aubusson - Février 2012  


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Depuis les années soixante dix, la rupture entre la gauche et le monde agricole n’a probablement jamais été autant marquée. Il est vrai qu’historiquement, notamment depuis le 19ème siècle, la propriété foncière, si modeste soit-elle, a creusé le fossé entre paysans et ouvriers. La peur de perdre les lopins de terre difficilement acquis, a souvent cantonné les paysans dans le conservatisme, voire la réaction, face aux révolutions sociales.

Il faut dire aussi que cette paysannerie a souvent été le jouet de la bourgeoisie, qui n’a jamais manqué de faire peur en agitant le hochet de la confiscation des terres par les socialistes ou pire encore, par les bolcheviques avec un couteau entre les dents. Ces propos sont bien sûr à moduler, notamment en Limousin, où entre les deux guerres mondiales et jusqu’aux années quatre vingt, bon nombre de paysans étaient proches du PC, également en Creuse. Mais ce département est un des rares où sont nés ce que l’on a appelé plus tard, « les paysans travailleurs » qui de fait, avaient une double appartenance et ainsi, une double culture. En effet et ce depuis la révolution française, ils possédaient bien quelques terres dont l’exploitation était insuffisante pour survivre, d’où la nécessité pour eux de se joindre en même temps aux ouvriers des villes pour assurer à minima leur existence et celle de leur famille. C’est bien sûr le cas des maçons de la Creuse.

 

Cependant, s’il y a bien une défiance presque « congénitale » du monde agricole face aux mouvements sociaux, la Gauche sociale, même réformiste, le lui rend bien. C’est d’ailleurs peut-être là un vieux reste marxiste/léniniste, qui ne l’oublions pas, est à l’origine des kolkhozes et autres sovkhozes.  Même si la Gauche en général peine à la faire, elle fait bien la distinction, notamment de classe, entre l’exploitation agricole et l’exploitation capitaliste. Les paysans d’aujourd’hui ne sont pas plus les alliés objectifs du capitalisme que ne le sont la classe ouvrière et les classes moyennes.

Mais dans les faits, cette distinction reste souvent de principe, car là aussi, il y a bien une défiance presque « culturelle » de la Gauche politique vis-à-vis du monde agricole, que l’on retrouve d’ailleurs face aux « petits patrons » de l’artisanat ou du petit commerce.

 

Qu’en est-il aujourd’hui du monde agricole ?

 

Ce monde a évolué en parallèle des révolutions industrielles de la fin du 19ème et du 20ème siècle : il y a d’abord eu l’exode rural car le capitalisme industriel avait besoin de bras qu’il a été chercher à la campagne, exode renforcée par le carnage humain des 2 guerres mondiales. Dés lors, les paysans en moindre nombre devaient nourrir autant de monde et, on a assisté à la mécanisation de l’agriculture, pour le plus grand profit des industriels. Nous sommes passés d’une polyculture vivrière à une culture intensive et socialement, d’une société rurale et paysanne à une société urbaine et ouvrière (aujourd’hui, 70% de la population française habite en ville).

Ces cinquante dernières années, l’agriculture s’est elle-même fortement industrialisée en concentrant la production par spécialité régionale, jusqu’à produire bien plus que les besoins nationaux, sur une logique de marché international, remplaçant le paysan par l’agriculteur et la ferme, par l’exploitation agricole. Si l’Union Européenne est d’abord née du charbon et de l’acier, elle a pris son essor par le Marché Commun qui s’est essentiellement appuyé sur l’agriculture. Il n’y a pas si longtemps encore, près de 70 % de l’ensemble des financements européens étaient destinés à l’agriculture, dont un tiers environ revenait à la seule l’agriculture française. Ce qui d’ailleurs faisait dire, avant la réunification de l’Allemagne, que c’était les agriculteurs allemands qui finançaient les agriculteurs français.

Le solde positif de la balance commerciale française a été très longtemps rendu possible par l’excédent des exportations françaises de l’agroalimentaire. C’est dire l’importance économique de l’agriculture en France (1er pays agricole de l’U.E, 18 à 20% du produit agricole et agroalimentaire européen).

 

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Tiens justement, arrêtons nous un moment sur cet agroalimentaire et ses filières. Nous l’avons vu, l’agriculture tout comme un des grands principes industriels, a concentré ses productions en mécanisant et en rentabilisant les sols jusqu’à l’épuisement parfois. Simplement pour nous ruraux afin de mieux comprendre, il suffit de comparer l’évolution de nos villages. Là où il y a 30 ans encore, 4 à 5 agriculteurs exploitaient le foncier agricole d’une commune, il y en a aujourd’hui à peine 2 pour la même surface. Et encore en Limousin, dont l’élevage bovin est prépondérant (87% des exploitations), les pratiques restent extensives, mais les cheptels par exploitation ont doublé voir triplé (en moyenne, 47 vaches nourrices par exploitation). Dés lors cette concentration induit la mono activité, contraint à de lourds investissements fonciers (nouvelles terres), de structures (hangars, stabulations…) et matériels (les ventes de tracteurs de plus de 100 cv ont explosé). Mais surtout, la production est excédentaire par rapport à la consommation locale (pour le Limousin, 3 vaches/hab). D’où l’obligation pour les éleveurs de faire appel à des intermédiaires pour écouler leur production au-delà de leur territoire. Si à cela on ajoute le développement fulgurant des centrales d’achat de la grande distribution et le bouleversement des habitudes alimentaires de la population (urbaine et salariée), qui utilise à plus de 70% les produits prêts à consommer de l’agroalimentaire, les producteurs ne contrôlent plus rien.

C’est la puissance des centrales d’achat qui impose les prix, car leur concentration empêche de faire jouer la concurrence. Si l’on reste sur l’exemple de l’élevage, cette contrainte est d’autant plus forte que l’éleveur doit faire rentrer du cash chaque mois pour rembourser ses emprunts de modernisation et qui plus est, il n’a aucune possibilité de stocker sa production en attendant de meilleurs prix d’achat. Les animaux prêts à être vendus mangent et boivent tous les jours et par conséquent pendant ce temps d’attente, ils mangent aussi la marge bénéficiaire de l’exploitation.

Aujourd’hui, dans le système économique ultra libéral, notre superbe chef d’entreprise agricole n’est plus qu’un pauvre péon. Prenons la multinationale « Sanders » qui à l’origine produisait les compléments alimentaires pour les animaux, sur une de ces activités d’élevage hors-sol de dindes : elle propose à un agriculteur de s’équiper en poulaillers industriels que bien sûr, il financera via un emprunt (si possible à Sanders par un de ses services bancaires), certes avec un prix d’achat garanti de la volaille  au bout de 6 à 7 mois d’élevage, avec évidemment, l’obligation d’utiliser les poussins et la nourriture Sanders pour ce faire (le tout sera facturé à l’éleveur). Et fin du fin, les dindes « mûres » sont convoyées, abattues, découpées et emballées par différentes filiales qui appartiennent au groupe Sanders. La boucle est bouclée. Notre agriculteur, qui prend tous les risques financiers et les pertes fréquentes dues aux épidémies, se retrouve à peine smicard et surtout, pieds et poings liés à une seule entreprise qui décide de tout. De fait, notre chef d’exploitation contemporain est devenu l’employé des multinationales avec tous les risques de l’entrepreneur privé et tout le non droit social car officiellement, c’est un chef d’entreprise, donc sans les recours juridiques offerts aux salariés.

 

Il est plus que temps que la Gauche sociale s’implique politiquement non seulement sur les modes de production agricole mais aussi, aux côtés des agriculteurs.

Dés le mois de février 2010, le PG a énoncé « une politique agricole au service de l’intérêt général ». Ce 1er texte a servi de base au document programmatique du Front de Gauche en février 2011 lors du forum national sur l’agriculture, sous l’intitulé « Pour l’intérêt général, libérons l’agriculture du capitalisme ». Ce texte, après amendement, a été adopté au mois d’août dernier.

 C’est bien, nous avons un texte de référence, il nous reste à nous militants et citoyens, à recréer le lien avec les agriculteurs, si nous ne voulons pas que ce texte soit reçu par les premiers intéressés comme tant d’autres promesses qui leurs ont été faites.

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Lors de manifestations agricoles, souvent virulentes par désespoir, est-ce que l’on voit des partis politiques ou des syndicats de salariés à leurs côtés ? Ces mêmes manifestants ont même pris l’habitude d’aller réveiller en pleine nuit les parlementaires et autres élus locaux à leur domicile. N’y a-t-il pas là un signe de coupure du monde agricole avec notre société et avec les forces politiques, notamment de Gauche ?

Bien sûr, notamment chez nous, il y a la FDSEA qui a tout intérêt à jouer sur cet isolationnisme. Mais si au niveau national la FNSEA a le monopole du syndicalisme agricole, c’est bien parce que nous lui avons laissé le champ libre.

Et ce syndicat a raison d’en profiter puisque ça marche !

Comment ce syndicat peut-il regrouper tout autant les gentlemen-farmers de la Beauce que nos éleveurs limousins ? Comment 30% de ces céréaliers peuvent-ils à eux seuls percevoir 70% de toutes les primes agricoles européennes ?

 

On le constate, la lutte des classes est pourtant bien présente au sein du monde agricole, mais avec cette contradiction incompréhensible que les plus mal lotis semblent donner le bâton pour se faire battre.

Non, les agriculteurs ne sont pas masochistes, ils ont juste le couteau sous la gorge !

Et cela commence tôt. D’abord par un enseignement agricole partisan, axé sur la seule production à vocation capitaliste (les lycées agricoles commencent à parler d’agriculture biologique ou d’agriculture raisonnée). Ensuite, par les chambres d’agriculture et donc, les FDSEA, et les DDA (DDT aujourd’hui), où les primes à l’installation sont soumises entre autre aux surfaces agricoles utilisées, aux méthodes de culture etc. Enfin, viennent la SAFER et les banques pour verrouiller le tout, surtout pour ceux qui ne reprennent pas la suite familiale d’une exploitation.

 

Il reste que, conditionnés qu’ils ont été dés leur formation, soumis au discours unique (ou presque !) d’un syndicat prépondérant, qui n’a jamais caché sa préférence politique pour l’économie libérale et ses liens étroits avec l’industrie agroalimentaire et, il faut bien le dire, l’indifférence ou presque des partis de gauche, l’exploitant agricole contemporain est bien seul avec souvent, le marteau du commissaire priseur au dessus de sa tête, prêt à liquider l’exploitation pour rembourser les banquiers.

 


C’est pourquoi, il nous faut certainement corriger la vision, parfois sommaire, que nous avons du monde agricole et surtout, de ses agriculteurs.

En commençant par bien faire la différence entre patrimoine et revenu agricole. L’exploitant agricole est souvent considéré comme un privilégié par une bonne partie de la population. Sauf que les dizaines d’hectares de foncier, le bâti, le matériel et le cheptel qui peuvent s’évaluer effectivement à plusieurs millions d’euros, constituent certes son patrimoine quand il est propriétaire, mais aussi et surtout, son outil de travail. S’il le vend, il n’a plus de boulot et nous, on ne mange plus ! Sachant que ce patrimoine est souvent hypothéqué  et donc propriété de la banque qui lui a prêté l’argent pour son installation ou sa modernisation. Avec un peu de chance, il pourra peut-être en récupérer une partie, au moment de sa retraite, s’il n’a pas fait faillite ou même, s’il il reste encore des paysans capables de prendre la suite. Quand aux revenus, une fois déduit du Chiffre d’Affaires qui dépend complètement des marchés, les charges d’exploitation et les remboursement d’emprunts, il reste souvent moins d’un SMIG mensuel.

Vous connaissez beaucoup de salariés aujourd’hui qui accepteraient de bosser 50 heures par semaine toute l’année, samedi, dimanche et jours fériés compris, et ce, sans même de congés annuels ou si peu, pour moins d’un SMIG ?

L’exploitation agricole est devenue de l’exploitation tout court !

Quant à la PAC agricole, nous l’avons vu, c’est la carotte néolibérale qui impose à 70% des agriculteurs ce qu’il doit produire, quand, combien et comment, et le tout bien sûr, aux cours du marché qui auront été préalablement décidés par l’industrie agroalimentaire, la grande distribution européenne et de l’OMC.

 

En tant que militants de gauche, cette situation, tant du système agricole que du sort réservé aux agriculteurs n’est plus tolérable.

D’une part, parce que c’est encore l’agriculture qui nous nourrit et qu’au même titre que l’eau ou l’air, c’est aux citoyens de contrôler ce qui leur permet de vivre.

Ce n’est pas un hasard si dans la continuité des OGM, une récente loi française veut obliger les agriculteurs à verser des royalties aux semenciers pour réutiliser les semences produites par une exploitation agricole. Dés lors où les multinationales obtiendront le monopole  des semences, elles auront alors le pouvoir planétaire de décider qui mange ou qui ne mange pas. C’est ni plus ni moins notre droit d’exister qui peut être remis en cause.

Le système économique de l’agriculture libérale ruine non seulement nos campagnes en termes environnemental et humain, mais il conforte le système néocolonial de dépendance des pays du Sud. La monoculture imposée dans ces pays, au détriment d’une agriculture vivrière permettant l’autosuffisance alimentaire, provoque la sous alimentation, l’exode rural massif et l’émigration sous d’autres cieux d’ailleurs moins bienveillants qu’espérés. Il faut savoir que certains pays africains ne produisent par exemple, que du soja ou de l’arachide dont une grande partie servira de complément alimentaire à nos bovins européens. Lorsque l’Europe donne un euro/personne pour lutter contre la faim dans les pays du tiers-monde, nos bonnes vaches européennes reçoivent 3 euros/animal pour compenser les coûts de ces compléments alimentaires.

Enfin, c’est bien la financiarisation de l’agriculture mondiale qui conduit à l’aberration économique. Il suffit pour cela de prendre l’exemple du Limousin, terre d’élevage bovin par excellence. L’élevage limousin en est réduit aujourd’hui à ne produire que de la matière première au même titre que nos forêts.  Toute la valeur ajoutée du bétail ne démarre réellement qu’après que le veau ait été sevré, voire à peine engraissé. Tout le travail préalable de l’éleveur peut se résumer au chêne qui laisse tomber son gland en terre pour se reproduire. La plus-value se reporte sur la filière des intermédiaires (commerciaux, transports, découpe, conditionnement etc.) qui en plus n’exercent pas sur place.

En la matière, notre région a la même économie que n’importe quel autre pays du tiers-monde. Nous fournissons la matière première qui est transformée ailleurs et, qui nous revient pour être consommée sur place, la valeur ajoutée s’étant réalisée hors du territoire régional.

 

Tout à l’heure, je posais la question de savoir pourquoi, lors de manifestations agricoles, on ne voyait jamais de partis politiques de gauche aux côtés des agriculteurs ? Aurait-on pu imaginer la même situation lors des manifestations contre la réforme des retraites qui touche le plus grand nombre ? Manger et boire, cela ne touche t-il pas le plus grand nombre ?

Mais là, nous n’y pouvons rien, ce sont les syndicats agricoles qui le refuseraient.

Mais ces syndicats agricoles, c’est en fait UN syndicat, la FNSEA qui est ultra majoritaire en France. Et nous savons pourquoi maintenant, ce syndicat n’a aucun intérêt à ce que les politiques et les citoyens s’en mêlent.

 

Cette situation est de fait la conséquence directe de l’irresponsabilité de l’Etat et des collectivités territoriales (Conseil Général et Région) qui délèguent une grande partie de leurs compétences en la matière, et surtout de leurs financements, notamment aux chambres d’agriculture et aux groupements professionnels agricoles.

« Vous comprenez, les paysans peuvent être susceptibles, voire virulents. Mieux vaut les laisser s’arranger entre eux ».

Sauf que les chambres d’agriculture sont tenues par les FDSEA locales et la plupart des groupements professionnels aussi. On tourne en rond !

 

Et justement, non, l’agriculture ne peut pas être, et ne doit surtout pas être que l’affaire des agriculteurs. C’est de notre existence à tous dont il s’agit.

 

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Alors, tant mieux, le Front de Gauche et son candidat, Jean-Luc Mélenchon, ont un programme précis et détaillé en matière d’agriculture.

« Le Front de Gauche défend une agriculture paysanne, écologique et relocalisée, en France, en Europe et dans le Monde, seule à même de produire une alimentation saine et accessible à tous, de promouvoir un aménagement équilibré du territoire, de recréer de l’emploi agricole. Soyons clairs : une telle agriculture ne peut exister sans une juste rémunération du travail agricole, elle est donc incompatible avec la logique de libéralisation des marchés impulsée par la Commission Européenne, le Traité de Lisbonne, l’OMC et le FMI. Et c’est pourquoi elle ne peut se faire sans une rupture avec les politiques libérales ! Le Front de Gauche se bat notamment pour que la PAC 2014/2020 incarne une telle rupture. »

Mais cela n’est pas suffisant. La majorité des agriculteurs d’aujourd’hui sont des victimes du système libéral et il reste fondamental pour nous militants de gauche, de briser leur isolement pour ne pas les laisser à la merci d’un syndicat « unique » complice de ce système. Il nous appartient d’épauler notamment la Confédération Paysanne et le MODEF, sur leurs revendications professionnelles. Il nous reste à organiser des assemblées citoyennes sur le thème de l’agriculture afin de recréer le lien entre les paysans et la population.

Défendre une agriculture paysanne, c’est avant tout un acte de vie pour tous.

 

PG23

 

 http://www.placeaupeuple2012.fr/agriculture/ 

 

 

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